Janvier 2008
Bonjour, M. Z.
Je voulais vous remercier. Je sais que maintenant, je peux passer une bonne journée sans
devoir toujours me remettre en question. C’est aussi, surtout, grâce à vous : vous m’avez montré le chemin. Et je vous avoue que je ne vous écris pas sur un coup de tête, cette idée a
longuement mûri… Mais j’avais envie que vous sachiez que je suis consciente du fait que vous avez tenu un rôle important, si ce n’est décisif, dans ma reconstruction. Non pas que je le sois
complètement (Qui peut prétendre être achevé ?) mais je me sens tellement plus vivante, j’ai l’impression de valoir quelque chose, et c’est aussi en grande partie grâce à vous. Et je vous
dois énormément, à ce titre.
Vous vous rappelez peut-être quelle pauvre fille j’étais quand j’ai débarqué en pleurs dans
votre bureau, en me demandant ce que je faisais là. J’étais perdue. Je venais de faire quelque chose d’horrible, qui est le cauchemar de beaucoup de femmes, sans doute, mais que j’évite de trop
m’en rappeler. J’étais en loques, je ne voyais pas d’issues. Et vous m’avez montré le chemin, j’y suis encore, je ne me suis pas encore trouvée vraiment, mais je sais que je suis sur la bonne
voie. J’ai le désir de vivre, la plupart du temps.
Vous m’avez demandé d’écrire. Depuis, j’ai beaucoup écrit, je m’arrête souvent, trop à mon goût (écrire est un acte intime pour
moi, et il faut être seul pour ça) puis j’ai une frénésie d’écriture, qui me purge de mes angoisses, ou qui les rend plus tangibles. J’ai souvent rêvé, avant, d’écrire des nouvelles fantastiques,
parce que j’ai toujours adoré ça, mais ce que je produis et qui m’aide à avancer, ce mais ce n’est pas vraiment le genre science-fiction ou fantastique (Quoique… Il y a aussi des monstres, dans
mon histoire, moi la première, peut-être.), puisque j’écris sur ma vie ; ce sont des réflexions, comme ça, qui me permettent de faire la part des choses. Pour tout l’or du monde, je ne pourrais pas laisser ce que je me torture à produire à la vue et au su de tout un chacun. Mais qu’est-ce que c’est bon !
C’est bon et c’est aliénant en même temps. Vous, votre profession, vous avez du mérite. Je vous le dis, pour ça aussi : « Merci ».
Ma démarche, c’est de remercier les personnes qui m’ont aidée quand j’allais mal. Et
elles ne sont pas si nombreuses que ça. (Deux seulement recevront la trace de ma singulière démarche, et heureusement, parce que je réalise que de plus en plus, il faut apprendre à compter sur
soi-même pour être bien, certains – voire beaucoup – paraissent vraiment heureux de vous savoir mal, et saisissent l’occasion de faire l’étalage de ce qui va bien chez eux !? C’est humain,
mais c’est parfois dur à supporter.) Certains m’ont aidée sans s’en rendre compte, en m’accompagnant dans mes envies d’humanités légères et riantes, dans mes sorties entre amis. Et j’ose espérer
qu’ils ne les prenaient pas comme de l’aide, mais comme une agréable façon de passer le temps, un juste retour de réflexion entre amis. Ceci dit, je vous le confesse : je ne les ai pas
beaucoup entendus, même si j’ai été attentive : bien sûr ils se confiaient, mais il y a cette pudeur chez certains que je ne pouvais pas avoir, moi. J’avais besoin de déverser un trop plein,
et je leur suis reconnaissante de ne pas avoir paru ennuyés ou choqués.
Merci d’avoir rendu mon monde plus beau, de m’avoir fait réaliser à quel point la vie peut
être belle et vivante, même s’il y a encore trop de ces trous noirs qui me donnent envie de m’enfermer et de me fermer au monde et aux autres, qui pour certains peuvent être si décevants. J’ai
pris conscience de mes besoins, de ce qui me rend bien : des amis sans trop de prises de tête, des éclats de rire, des impression d’envols, mon fils et ses câlins, ma famille, et puis bien
sûr mon travail, il me faut tout cela pour être bien. Je demande sans doute un peu trop, mais je demande quand même.
J’ai trop de défauts moi-même pour ne pas être indulgente envers certains, mais j’apprends à
ne pas trop supporter et lorsque certains me renvoient à mon état de serpillière, je préfère mettre de la distance entre eux et moi. Parfois, il m’arrive de me demander ce qui ne va pas chez moi,
et de toucher le fond du désespoir, lorsque je reçois des reproches et des remarques de la part de l’homme avec qui je partage ma vie, ou de maman, et alors, j’ai une crise de larme et de
désespoir, c’est profond, et ça m’empêche de dormir, même si je suis épuisée. Mais je refuse de tout prendre, même si certains reproches peuvent être fondés. Je digère, et je me justifie. Je n’ai
plus envie de me laisser faire ; si j’acceptais tous ces reproches, ce serait admettre que je ne vaux pas grand-chose, et je refuse de le croire (j’avais besoin de le réaliser, et vous m’y
avez amenée.).
Vous, vous m’avez aidée parce que c’est votre métier sans doute, mais vous savez sans doute
aussi combien c’est un métier de bien, parce que vous avez soigné mon esprit, mon anémie spirituelle, je n’avais plus le désir de vivre, juste celui de mourir au désir, pour ne plus ressentir que
le vide, pour ne plus ressentir la douleur qui me mangeait à l’intérieur, la peur des autres, le tremblement, l’angoisse lancinante. Je sais que je vais devoir vivre sans votre écoute, que
d’autres ont davantage besoin de votre temps. Vous m’avez permis d’avoir plus confiance en moi, vous avez légitimé ce que je prenais pour des crises de paranoïa, et je vais essayer d’écouter
davantage ce côté-là. Je me rends compte que j’apprends à légitimer ce que je suis, et que c’est là mon principal changement. Il m’arrive parfois de retourner en arrière, mais je deviens un peu
plus sûre de moi, j’apprends à m’aimer. Je me trouve plus douce avec mon fils, je crie moins qu’avant, je lui explique davantage les choses, et cette nouvelle maman me plaît plus.
J’ai des projets et j’espère (je me mets au
défit) construire ma maison avant la fin de l’année. Si ce n’est pas le cas, ce serai admettre ma névrose J.
En mars, j’espère partir en voyage – Maurice, la métropole, peu importe, je pars. Je me suis découvert une nouvelle occupation ; le jardinage – à petite échelle ; je suis assez fière de
mes plantations, de mes petites fleurs. Ceci dit, je dois me remettre au sport, que j’ai un peu laissé de côté ces derniers temps.
Voilà, je vais arrêter de vous énumérer mes marottes, je me fais un peu l’effet d’une élève un
peu lèche-botte en train de montrer à son professeur comment elle apprend bien toutes ses leçons. Mon but était de vous remercier, et de vous montrer que j’ai tiré profit de tout ce temps que
vous m’avez accordé. Merci encore. Est-ce que c’est la fin de ma thérapie ? Je me doute de ne pas être complètement guérie de ce qui me bouffe, mais est-ce que maintenant, vous croyez que je
peux vivre et gérer toute seule mes ratés (j’en aurai, c’est inévitable), j’ai compris que je peux avancer, vous m’avez montré les outils, même s’il y a parfois ces crises de larmes et de
reproches, ces drames, que j’ai en commun avec ma mère. Ces crises me paralysent un jour ou deux, mais je reprends ensuite le dessus. Je sais qu’elles m’abattent et m’usent, elles me confrontent
à moi-même, me remettent en question. Peut-être qu’elles me font avancer… Peut-être que je ne suis pas la seule à avoir ce genre de crises, que c’est normal, je dois apprendre à les gérer pour
qu’elles ne m’empêchent pas de vivre et de prendre du plaisir, mais c’est plus facile à dire qu’à faire.
Bon, il faut que je me décide finir cette lettre, merci de m’avoir lue et écoutée.
Comme je me serais perdue si vous n’aviez pas été là ! J’avais le cœur perdu et démoli,
une serpillière, un pauvre bout de serpillière. Et je me suis raccommodée – avec moi-même – au fur et à mesure. Et puis vous m’avez écoutée,
patiemment, même si – et j’ai un mal de chien à le confesser – ça n’a sans doute pas toujours été follement intéressant : je suis déjà un peu sénile parce que je me répète souvent, et puis
j’adoooore me plaindre. Donc merci d’avoir supporté ça, votre boulot ne doit pas être toujours évident, mais il est vital.
Merci.
L.